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Là où commence le football

Le libre arbitre de Bruno Derrien

Dans un livre confession (« A bas l’arbitre » aux Editions Du Rocher), Bruno Derrien nous raconte les coulisses de l’arbitrage professionnel. On y découvre des hommes attachants, d’autres beaucoup moins, surtout on y dépeint un monde arbitral empêtré dans des guerres intestines qui gangrènent le système. C’est un sujet qui intéresse le grand public car le livre de Bruno Derrien en collaboration avec Raphaël Raymond se classe dans les meilleurs ventes hexagonales. Entretien avec l’ancien licencié de l’ASB.

Votre livre connaît un grand succès ! C’est une belle surprise, non ?
« Oui, même si je savais que le sujet intéresserait les gens. Nous étions partis pour un série de 10 000, nous en avons fait une autre, il doit en rester encore 2000. On doit être à 18 000 exemplaires vendus, c’est une belle satisfaction. »
Avez-vous eu des réactions positives ou négatives des gens concernés par votre livre ?
« Oui, quelques arbitres amis m’ont fait part de leur satisfaction sous le sceau de la confidentialité. A l’inverse, évidemment, il n’a pas plu à Jean-Marie Lartigot et Marc Batta. Je fais d’ailleurs passer un droit de réponse aujourd’hui dans la Presse Quotidienne Régionale concernant une déclaration de  Jean-Marie Lartigot qui me traitait de voleur. »

Ce week-end en été agité pour l’arbitrage en L1 lors, notamment, du match du PSG face à Saint-Etienne.  La nouvelle commission de visionnage peut-elle sanctionner à posteriori Makélélé et Sességnon ?
« C’est assez complexe. Il y a le conseil d’éthique qui est dans le coma depuis plusieurs années. La Task Force a fait une bonne chose en créant cette commission de visionnage mais l’article 11 restreint complètement son activité (1).  Cet article dit, que l’on ne peut pas revenir sur une décision arbitrale, si sanction il y a eu. Cela peut-être un carton jaune ou un simple coup franc. Elle peut intervenir que lorsqu’une action s’est déroulée à l’insu de l’arbitre. De plus, elle n’a pas de pouvoir disciplinaire, elle saisie la commission de discipline qui elle, inflige des sanctions. Dans le cas de Diawara, le Bordelais a saisi la commission supérieure d’appel, présidée par un avocat.  Elle a annulé les deux matchs de suspension infligés par la Commission de Discipline.

Les deux Parisiens ne risquent donc rien ?
« La Commission de Discipline peut se saisir du dossier en estimant que Makélélé et Sességnon méritent d’être sanctionnés. Laurent Duhamel (NDLR : l’arbitre qui officiait lors de PSG – Saint-Etienne) se grandirait en rédigeant un rapport en reconnaissant ses torts. Cependant, il est urgent de revoir les textes. »
A l’inverse, l’Auxerrois Kalhenberg a été expulsé injustement lors d’un duel avec Debuchy lors d’Auxerre – Lille. Lui, peut-il être blanchi ?
« Oui, la Commission de Discipline sert à cela aussi. Il n’y a pas de coude saillant de la part de Kalhenberg. L’arbitre a été impressionné par le nez cassé du Lillois. Elle peut effacer ce rouge, mais je doute qu’elle le fasse.

On a vu quand même Philippe Kalt revenir sur les images de la rencontre Bordeaux-Grenoble et admettre que le but isérois n’était pas valable. Cela va dans le bon sens, non ?
« Non, je préfère largement la réaction de Jean-Charles Cailleux lors de Lille – Rennes pour le fameux tacle de Sow. Il a admis s’être trompé, même s’il n’a pas rédigé de rapport. Philippe Kalt, lui a dit que son assistant s’est lourdement trompé. Il charge son collègue au lieu de faire bloc avec lui. »

Finalement, la cohésion est inexistante à tous les étages.
« L’arbitrage est empêtré dans une lutte de pouvoirs. Philippe Kalt y est directement mêlé puisqu’il a dû démissionner  de son poste de président du Syndicat des Arbitres du Football d’Elite (SAFE). Il a perdu du temps et de l’influx là-dedans. »
Aucun arbitre français n’a participé au dernier Euro. Est-ce que, en Afrique du Sud, pour la prochaine Coupe du monde, on verra un arbitre de notre L1 ?
« Il y a déjà  Stéphane Lannoy de pré-sélectionné. Il ira certainement à la Coupe du Monde et il le faut. Car, en décembre 2007, quand on a appris qu’aucun arbitre français n’irait à l’Euro, les entraîneurs ont de suite stigmatisé les arbitres en disant que c’était normal qu’ils ne soient pas sélectionnés vu leur niveau.»
La F.F.F. ne devrait-elle pas mettre en place, à l’image du foot, un Clairefontaine pour les jeunes arbitres ?
« La F.F.F. doit en effet prendre en compte les arbitres. Un pôle d’excellence a été proposé par la Task Force pour former les arbitres de l’élite. Jean-Pierre Escalettes a admis qu’il fallait rebâtir l’arbitrage. »
Ne faut-il pas aussi revoir la limite d’âge pour les arbitres ?
« C’est une bonne idée. Personnellement, je ne me suis jamais mieux senti sur un terrain qu’à l’âge de 40 ans. En 2005, lors des tests physiques d’avant saison, j’ai terminé troisième. Arbitrer est un véritable sport, je suivais une préparation physique poussée. Tous les arbitres professionnels sont des athlètes. C’est nécessaire pour couvrir les 10 à 12km avalés par match. »
En tant que Brestois, vous intéressez-vous au Stade Brestois ?
« Oui ! Même si je suis un arbitre de l’ASB ! J’ai toujours connu Brest comme une vraie ville de foot. J’ai été étonné de la faible affluence face à Angers vendredi dernier. C’est un match qui méritait plus de spectateurs, je n’ai pas compris. Pour l’arbitrage, j’ai toujours refusé d’arbitrer Brest pour éviter les problèmes éventuels, j’y connaissais trop de monde. Par contre j’ai arbitré de nombreux derbies bretons avec Rennes, Lorient, Guingamp ou Rennes. »
Quels sont vos projets maintenant ?
« Je suis consultant pour l’arbitrage dans l’émission 100% foot sur M6 et sur Onzéo aussi. J’interviens aussi dans Aujourd’hui Sports. Je participais à l’émission de Pierre-Louis Basse sur Europe 1,  mais depuis il a quitté les ondes, je n’y passe plus. Pour finir, j’ai toujours mon métier dans la direction de la communication à La Poste. »
Pas dans l’arbitrage ?
« J’aimerai bien, mais il faudrait avant tout des changements à la tête des instances. On pourrait travailler avec Sars, Colombo, Poulain ou Tellene, des gens de qualité. »

Finistère-Foot tient à remercier Bruno Derrien pour sa gentillesse et sa disponibilité.

(1) TITRE 1 – ORGANISATION GENERALE
CHAPITRE 1 – LA FEDERATION
Section 2 : Les Commissions
Article 11 bis – Commission de Visionnage (Nouvel Article)
La Commission de Visionnage est chargée du visionnage en différé des matchs de L1,
aux fins disciplinaires.
Cette Commission a pour but d’identifier les infractions disciplinaires qui auraient
échappé aux officiels, et n’auraient de ce fait pas donné lieu à une décision arbitrale
ou à la rédaction d’un rapport, et de saisir la Commission de Discipline de la L.F.P.,
conformément à l’article 156 du Règlement Administratif de la L.F.P..
Les membres de cette Commission sont nommés par le Conseil Fédéral.
Date d’effet : 1er janvier 2009
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