La passion éteinte

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Un match de l’équipe de France pouvait représenter tant de choses pour moi il y a quelques années. Malheureusement, depuis quelques temps, j’ai commencé à voir les matchs des Bleus avec un peu plus de recul. Le coup de tête de Zidane en 2006 a été comme une rupture nette dans ma relation avec les Bleus. Pourtant, en 2006, je pense avoir vécu le meilleur match de l’histoire des Bleus. Durant cette Coupe du Monde, le quart de finale contre le Brésil a été un moment de magie avec un Zizou éblouissant. Des moments de grâce inouïs. On ne savait pas encore que l’on vivait notre dernière belle émotion en bleu.
En finale, l’émotion était bien là mais elle n’était pas belle. Sali par ce geste d’humeur qui prive l’équipe de France d’un deuxième sacre mondial. J’étais en colère ce soir-là mais finalement, on peut pardonner ses excès à un immense joueur qui par ailleurs a démontré son amour du maillot frappé du coq.

Après cette défaite en finale, Raymond Domenech demeure le sélectionneur de l’équipe de France et l’Euro 2008 se profile. Les matchs de qualification ne soulèvent pas les foules mais c’est une tradition chez nous. La qualification pour les grandes compétition est toujours compliquée et tortueuse. Malheureusement, cet Euro 2008 aura des conséquences indélébiles sur le groupe. Un match transparent contre la Roumanie (0-0), une déroute face aux Pays-Bas (4-1) et un revers face à l’Italie (2-0) font entrer les Bleus dans la catégorie des perdants.
Là, déjà, ce qui frappe, c’est le manque d’investissement, l’absence d’âme. Le sélectionneur achèvera la prestation ridicule en demandant la main d’Estelle Denis juste après le coup de sifflet final. Au ridicule se rajoute la gêne de tous. Malgré tout, « Ray » est maintenu et la campagne de qualification pour la Coupe du Monde en Afrique du Sud débouche sur un barrage contre l’Irlande, la France n’ayant pas réussi à surpasser l’impressionnante Serbie.

En positivant, cette double confrontation contre l’Irlande peut-être aussi un formidable moyen de rabibocher le public avec son équipe. La victoire (0-1) à Dublin n’est pas exceptionnelle mais va dans le bon sens. Malheureusement, le retour au Stade de France sera annonciateur de la future Coupe du Monde. Menés 0-1, les Français passent par les prolongations durant lesquelles, Henry empêche un ballon de sortir de la main pour offrir le but de la qualification à Gallas. Un but chapardé pour accéder au rêve. Ce sera un cauchemar pour tout le monde.

Les Bleus vont donc en Afrique du Sud. Ils y tenaient tellement…  Après des matchs minables contre l’Uruguay (0-0) et le Mexique (0-2), la France est hors-course et pète les plombs. A la mi-temps du match contre le Mexique, Nicolas Anelka insulte le sélectionneur, à la fin de ce même match, William Gallas adresse un doigt d’honneur à un journaliste. On peut penser que c’est difficile mais ce n’est rien puisque vient le fameux épisode du bus de Knysna. les joueurs refusent de s’entraîner et Domenech s’abaisse à lire la lettre de soutien au copain Anelka. Hallucinant, incroyable, les mots ne sont pas suffisants pour qualifier la bêtise de ces joueurs qui désormais, seront, à vie,les mutins de Knysna et la risée du sport mondial.

Si au sortir de cette douloureuse Coupe du Monde on nous avait dit que Abidal, Ribéry et Evra seraient toujours des titulaires de l’équipe de France en 2013, aurait-on pu le croire? Pourtant lorsque Laurent Blanc arrive à la tête de la sélection on nous promet de grands changements. De changement, il n’y en aura eu aucun, si ce n’est le cas Anelka mais de toute façon, son niveau footballistique ne pouvait justifier une quelconque sélection.
Les Bleus se qualifient pour l’Euro en Ukraine et Pologne  en 2012 après une superbe campagne de… matchs amicaux. La France parvient à battre l’Ukraine et à faire match nul contre l’Angleterre mais tombe contre l’Espagne (2-0) sans avoir existé réellement dans la compétition sur le terrain. En dehors, c’est tout à fait autre chose : entre Samir Nasri qui insulte les journalistes après son but contre l’Angleterre ou dans les coursives des stades, Ben Arfa qui insulte le sélectionneur après France- Suède, Ménéz qui insulte Lloris et l’arbitre lors du match contre l’Espagne et enfin MVila qui a refusé de serrer la main de son partenaire Olivier Giroud lors d’un remplacement. On peut se demander ce qu’ont fait les amoureux des Bleus pour mériter tout ça?

Laurent Blanc, lui, n’est pas l’homme le plus malheureux de la terre quand Le Graët lui signifie que sa mission s’arrête après l’Euro. Jamais homme n’a du être aussi heureux d’apprendre qu’il n’était pas reconduit à son poste. Laurent Blanc fait mal jouer l’équipe il parait. Avec Didier Deschamps, c’est sûr, ça jouera mieux. Soit, mais rien ne change. Les Bleus ne sont même plus champions du monde des matchs amicaux mais réussissent à terminer derrière l’Espagne et à obtenir les barrages contre l’Ukraine. En interne, les affaires se succèdent toujours.  Le futé Yann Mvila rappelé en espoirs pour encadrer les jeunes ne trouve rien de mieux que d’envoyer ses jeunes coéquipiers en virée en boîte de nuit lors d’un rassemblement pour un match capital contre la Norvège pour l’euro espoirs 2013. La France est humiliée (3-5). Erik Mombaerts le sélectionneur est viré. Finalement, il n’y a que les sélectionneurs qui trinquent chez les Bleus.

A coté, toute est permis aux joueurs. Evra peut insulter tous les journalistes gravitant autour de l’Equipe de France et être sélectionné la semaine suivante. Samir Nasri peut manquer de respect à tout le monde, Didier Deschamps lui fait montre d’un soutien indéfectible, quitte à sortir un Valbuena irréprochable pour le match aller des barrages contre l’Ukraine.
L’ancien marseillais le rendra bien à son coach en fournissant une prestation indigne à l’image de l’ensemble de l’équipe qui a sombré à Kiev (2-0). On croit revenir des années en arrière durant l’Euro 2008 et des prestations vides de contenu, sans relief. Depuis la victoire en 2006 en demi-finale contre le Portugal, la France n’a pas battu une grande nation en compétition. L’Ukraine est loin de faire partie des cadors du foot mondial pourtant elle a tellement à apprendre aux Bleus. Les Ukrainiens, eux, ont effectué un barrage pour la Coupe du Monde, ils ont joué leur vie sur la pelouse pendant qu’en face, la France dormait.

La thèse de l’accident est difficilement acceptable. L’accident serait plutôt cet assemblage de joueurs. Incapables sur le terrain dès qu’ils revêtissent le maillot bleu, les joueurs de l’équipe de France ont soudainement des revendications quand ils entrent à Clairefontaine. Benzema qui se faisait trimballer et brocarder par Mourinho au Real ne pipait pas mot et travaillait à l’entraînement. En Bleu, on fait comme le grand pote Anelka : on dézone, on piétine le schéma mis en place par le coach. On aime bien toucher le ballon, se prendre pour l’illustre ainé dont on a même pas le quart du respect pour la tunique bleue, mais on passe des mois sans marquer alors que Blanc puis Deschamps lui offrent une confiance inappropriée. Ribéry qui choisit son poste, Nasri qui ne joue qu’avec ses potes entre deux insultes à la presse et dernièrement Benzema qui sort du terrain à Kiev sans adresser le moindre regard à son partenaire Giroud. Quel est le problème de ces types? Le maillot bleu est-il si insignifiant à leurs yeux ? Le sélectionneur ne mérite pas autant de  respect que Mourinho ou Mancini ?

D’ailleurs, Didier Deschamps ne peut-être exempté de tout reproche. Il ne porte pas une responsabilité aussi lourde que Le Graët qui s’est couché devant Evra il y a quinze jours en refusant de le sanctionner mais il a rappelé des joueurs qui n’auraient jamais du réapparaitre en bleu. La situation est tellement ubuesque qu’il faut transposer à l’étranger ce qu’il s’est passé en équipe de France. Imaginez trente secondes Philippe Lahm, le capitaine de l’équipe d’Allemagne, faire une interview avant un match primordial pour l’avenir de sa sélection et y insulter tous les journalistes qui ont osé critiqué l’équipe allemande. Imaginez la réaction des Beckenbauer, Matthäus, Sammer ou Rummenigge. On n’aurait plus jamais vu le joueur sous les couleurs nationales. Et c’eut été logique.

En France, on ne pardonne pas, on s’en fout en fait. Un type qui crache à la gueule des journalistes peut jouer comme si de rien n’était, comment peut-il en être autrement puisqu’on remet titulaire Samir Nasri qui a eu une attitude hallucinante à l’Euro 2012. L’ancien marseillais, déjà, avait eu maille à partir avec Henry en 2008 dans le bus (déjà..) où il avait refusé de rendre sa place au buteur d’Arsenal. Gallas, loin d’être un exemple non-plus, avait dépeint le joueur de Manchester City comme un « sale gosse ». Ils ne sont d’ailleurs pas adressé la parole quand ils ont joué ensemble à Arsenal. Mais ils ont fait le boulot. Comme quoi, on peut se faire violence en club mais jamais en sélection.

Des joueurs qui ne respectent pas leurs partenaires, qui piétinent le maillot bleu, qui n’en n’ont rien à cirer des consignes du sélectionneur et une FFF qui ne bouge pas, trop occupée à préserver son pré carré, c’est trop, trop pour garder une once de passion pour cette équipe. J’ai été déçu par l’Euro 2008, j’ai été affligé par la Coupe du Monde 2010, je n’ai quasiment ressenti aucune émotion durant l’Euro 2012, ce barrage contre l’Urkraine a fait naître un nouveau sentiment chez moi : la passion est éteinte depuis longtemps, le désintérêt commence désormais à s’effacer pour laisser place à l’envie de voir cette équipe tomber.

Comment peut-on en arriver-là? Même quand j’étais môme et que l’équipe de France était au fond du trou avec les Madar, Gnako et compagnie, j’étais toujours à fond derrière les Bleus. Là, le travail de sape de cette génération de joueurs a réussi à m’enlever tout sentiment positif pour l’équipe. Subsiste quand même un mince espoir, celui de voir la France ne pas aller au Brésil ce qui serait peut-être le seul moyen pour permettre une refonte totale de la sélection. Staff, joueurs, dirigeants, tous doivent tirer les enseignements de leurs échecs répétés pour qu’on enterre définitivement cette ère des mutins de Knysna. Ne pas voir la France à la Coupe du Monde serait évidemment un déchirement mais il serait encore pire de vivre une nouvelle humiliation dans la plus belle des compétitions.

Alors demain, je vais regarder le match, sans passion. Voir si l’équipe de France est capable de livrer un combat, si ces joueurs ont une once d’honneur mais même en cas de victoire 3-0, je ne pourrai jamais être totalement  heureux. Les plaies sont trop nombreuses et trop profondes. Vingt ans plus tôt, j’avais été meurtri par le but de Kostadinov au Parc des Princes, demain, mon seul espoir sera une défaite car je ne crois plus en cette équipe. Malheureusement, rien ne garantit qu’un nouvel échec ne les amène à prendre enfin les décisions nécessaires. Quoiqu’il arrive demain, cette génération de joueurs a brisé mon affection pour ma sélection et ne suis malheureusement pas un cas isolé. Les Bleus sont désormais à l’âme des supporters.

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  • samos29

    Rien à ajouter, tout est dit, bravo belle analyse, malheureusement.