Johann Ramaré : « Quelque chose s’est cassé »

Se séparer de son capitaine n’est pas un acte anodin. Le Stade Brestois a pourtant libéré Johann Ramaré de sa dernière année de contrat. Une aubaine pour Sochaux qui a fait signer le milieu de terrain de 30 ans natif de Rennes pour les deux prochaines saisons afin de mener à bien leur projet de Ligue 2. Le milieu de terrain breton ne se voyait pas quitter la pointe Bretagne qu’il affectionne mais a senti que l’on ne comptait plus sur lui et a préféré rejoindre un projet plus stable sur deux saisons du côté de Sochaux.

Johann, votre départ à Sochaux a surpris beaucoup de monde…

«J’ai été le premier surpris de ce changement de club. Si vous m’aviez posé la question, il y a deux mois, je me voyais finir ma carrière à Brest. Maintenant, c’est le foot, ce sont des choix, des opportunités. Il y a Sochaux qui s’est présenté il y a trois semaines. A l’époque, mon unique réponse était que j’étais encore sous contrat avec Brest et que la question ne se posait pas. Après, quand mon agent en a parlé à Brest, ils lui ont fait savoir qu’ils pouvaient me libérer si un club se présentait. Du coup, j’ai discuté avec Sochaux et ça s’est fait. »

Vous vous attendiez peut-être à un peu plus de respect du club de par votre position de capitaine ?

« Ça n’a rien à voir avec le respect. C’est un club qu’ils gèrent, ils ne peuvent pas faire tout le temps dans l’affectif. Il y a eu une deuxième partie de saison qui a laissé des traces, c’est certain. On a déçu beaucoup de monde. Nous aussi, on a été déçu car on s’attendait à beaucoup mieux malheureusement on a failli en deuxième partie de saison. Moi aussi, j’ai fait de moins bonnes prestations, j’en suis conscient et c’est peut-être pour ça que le coach a dit que l’équipe était en fin de cycle et ne m’a pas retenu une saison de plus. »

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Ça vous a blessé d’entendre Alex Dupont dire que vous étiez en fin de cycle car deux ans, c’est pas vraiment un cycle…

« C’est vrai que c’est court mais sincèrement, je me mets à la place du coach, on a été moins performant en deuxième partie de saison, c’est normal qu’il cherche d’autres solutions. Il me restait un an de contrat, je serai resté à Brest avec grand plaisir mais par-contre, je savais à quoi m’attendre. Il aurait fallu que je fasse plus pour pouvoir jouer. J’avais déçu et je sentais que si je restais ça allait être une année plus compliquée personnellement. C’est le foot, c’est la concurrence, ça ne m’aurait pas dérangé mais Sochaux s’est présenté. »

Cette saison, on a senti une rupture dans votre rendement à l’arrivée de Birama Touré. Est-ce que son incorporation a cassé votre binôme avec Pérez ?

« Non, même si on a été très performant avec Manu sur la première partie de saison quand on a joué tous les deux. Je me mets à la place des dirigeants : ça se passe très bien mais, on est que deux pour deux postes car il ne faisait pas confiance à Cheikh Doumbia. On était à la merci d’une blessure. Il fallait une solution de rechange. C’était légitime de recruter et Birama a fait de bons matchs. Après, c’est vrai qu’on a eu moins l’occasion de jouer tous les deux. Ce sont des choix mais dans la logique de montée, c’était normal de faire venir un renfort. »

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Finalement, est-ce qu’on ne part pas de beaucoup trop loin pour ambitionner la montée en Ligue 1 à Brest ?

« Le passé prouve que non car le club a déjà réussi à monter avec ces installations. Au quotidien, c’est sûr que ce n’est pas l’idéal mais on n’a rien à envier au Gazélec Ajaccio. Arles-Avignon l’a fait, moi je suis monté avec Boulogne avec des installations indignes d’un club de L1. Après c’est sur que beaucoup de clubs sont mieux équipés mais ça fait partie des choses qu’on sait quand on signe au Stade Brestois. »

En partant à Sochaux, elles ont quand même pesé dans la balance ces installations…

« Oui, c’est vrai… Sochaux a les structures d’un club de L1. Après, ce n’est pas déterminant dans le choix mais ça pèse forcément. Moi, c’est le projet qui me motive surtout. A Brest, je n’avais plus qu’un an de contrat, Sochaux m’en proposait deux avec de très bons joueurs. L’opportunité d’encadrer ces jeunes joueurs avec mon expérience, c’est quelque chose qui m’a attiré. »

Brest ne présentant pas de projet réel, ça peut inquiéter quand on a plus qu’une année de contrat…

« C’est vrai. Pour ne rien vous cacher, cette fin de saison n’a pas été évidente. La lassitude mentale a laissé beaucoup de traces. Le coach a parlé de fin de cycle et je me suis vraiment senti concerné par ce discours. Je m’essoufflais, mentalement, c’était pénible. Je ne me voyais pas repartir pour une saison comme ça, ça n’aurait peut-être pas été évident. Moi je pars sur un nouveau projet. Pour le club, ça va faire du bien d’avoir des joueurs qui vont avoir des ambitions et ça donnera un nouvel élan. »

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Quand on est le capitaine de l’équipe, est-ce qu’on s’attend pas à avoir plus de soutien de la part des dirigeants ? On se souvient qu’en milieu de saison, on disait que Ramaré et Pérez était la meilleure paire de milieux défensifs de L2. Ça ne peut pas être le milieu de terrain le seul responsable de cet échec…

« Bien sûr mais, ça, c’est le foot. On sait très bien que quand tout va bien on est encensé et que quand ça va moins bien, on est forcément montré du doigt. Je n’ai aucun souci avec ça. J’ai toujours assumé. Quand on était moins bien, j’étais le premier à dire qu’on était moins performant. On a cherché à remédier à ça toute la saison. Là, où on a fauté, le coach, les joueurs, tout le monde, c’est qu’on n’a pas réussi à changer notre dynamique en deuxième partie de saison. »

La cassure réelle dans l’espoir de montée se situe-elle dans le quart de finale de Coupe de France perdu contre Auxerre ?

« C’est pas impossible. Au-delà du fait d’être éliminé, c’est le contenu. On sait que c’était historique pour le club. Nous, on avait une demi-finale au bout et c’est vrai qu’on n’a pas fait un match digne de ce nom et c’est peut-être là qu’on s’est rendu compte qu’on n’avait pas les ressources mentales et physiques pour se faire mal et se dépasser. En Ligue 2, pour gagner des matchs, il faut être capable de donner beaucoup. On n’était plus capable de se surpasser pour gagner. »

Auxerre aura vraiment été votre bourreau car les Icaunais sont venus s’imposer en championnat ensuite. Une défaite qui vous a fait très mal…

« C’est peut-être, dans le contenu, l’un de nos meilleurs matchs. Ça laisse beaucoup de regrets. On est vraiment bon sur ce match. On a les occasions et on n’arrive pas à marquer mais on n’avait pas ce petit truc qui fait que lors des matchs où l’on domine l’adversaire ou quand on est moins bien, on arrive à gagner ou gratter un point. Ce sont tous ces points qui nous manquent à l’arrivée. »

On n’a jamais ressenti de l’euphorie autour de l’équipe pour la montée comme il y a un an alors qu’il y avait moins d’espoirs. Vous sentiez que l’osmose avec le public ne se faisait pas ?

« Ah on l’a complètement ressenti mais c’est dû au scénario de la saison. On a affiché nos ambitions d’entrée, on a fait une première partie de saison qui confirmait ces attentes. Du coup, inconsciemment, tout le monde s’est un peu embourgeoisé en pensant que ça allait arriver tout seul. C’est vrai qu’il n’y a pas eu cette euphorie, qui, des fois, nous permet de gagner des matchs parce que, dans nos têtes, on pensait que ça allait se faire tout seul. Aussi parce que le club a communiqué là-dessus, et, au final, ça nous a plus desservi qu’autre chose. »

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On vous a vu décliner fin novembre sans jamais parvenir à redresser la barre. Est-ce qu’il y a eu un problème dans la préparation physique ?

« C’est vrai qu’on a eu une deuxième partie de saison compliquée physiquement, c’est vrai aussi, qu’à notre décharge, on a eu beaucoup de matchs décalés. Entre le lundi et le vendredi, on a souvent eu des enchaînements de matchs très compliqués avec la coupe en plus. On a eu une série de matchs difficile à gérer avec un effectif pas assez fourni au milieu et derrière pour effectuer des rotations. On a été beaucoup sollicité. Sur la fin, ça a été plus mental que physique, on sentait qu’on avait du mal, qu’il fallait qu’on fasse beaucoup d’efforts pour gagner les matchs. Il y a aussi ces matchs à des horaires un peu bâtards. C’est l’inconvénient de la Ligue 2. Préparer un match pour jouer à 14h, ce n’est pas l’idéal. On a été beaucoup télévisé et on n’a pas eu beaucoup de semaines classiques pour pouvoir travailler tranquillement. C’est le lot des équipes qui sont médiatisés. On aurait dû faire mieux malgré ça. »

Vous êtes arrivés avec plusieurs joueurs pour démarrer un projet de trois ans. Avec votre départ, il ne reste plus que Falette et Pérez des arrivées initiales. Ce n’est pas inquiétant pour Brest ?

« C’est le foot et je pense que ces deux années ont vraiment été riches en émotions des deux côtés. Il fallait sûrement changer quelque chose car, avec cette fin de saison, il y a quelque chose qui s’est cassé et le coach l’a remarqué. De nouveaux joueurs arriveront. C’est peut-être un mal pour un bien. »

Cette fin de cycle évoquée revient à dire qu’Alex Dupont ne voulait pas continuer avec vous Est-ce que vous, vous vous voyiez continuer avec le même coach ?

« Ah oui, je n’ai aucun souci avec le coach, au contraire. J’ai travaillé pendant deux ans avec lui et il connaît ma manière de fonctionner et je connais la sienne. Je sais qu’il ne va pas longuement parler. Ce n’est pas un communiquant avec les joueurs. Il ne cherche pas à être proche des joueurs au quotidien mais moi, je n’ai pas besoin de ça. Il m’a fait confiance sur ces deux années, je l’en remercie mais j’aurai pu faire une troisième année sans souci. On n’a pas eu les résultats espérés, il faut changer les choses, c’est normal. »

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Brest avait quand même les qualités pour monter cette saison, non ?

« Si c’est une question de qualité de l’effectif : oui, nous avions de quoi monter en Ligue 1 mais la Ligue 2 se joue à rien. Ce sont souvent les équipes les plus déterminées, les plus solidaires qui vont au bout. C’est sûrement ce qu’il nous a manqué. On n’a pas eu un état d’esprit à toute épreuve. On s’entendait tous bien mais sur le terrain, on n’avait pas ce petit plus dans les moments difficiles qui nous permettait de faire la différence. Ça doit faire partie de la réflexion du coach pour la nouvelle saison. Il y a des problèmes, il faut trouver les solutions. »

Quels souvenirs garderez-vous de vos deux années brestoises ?

« Ce qui est frustrant, c’est qu’on a pas fait deux saisons complètes. On a très mal commencé la première année et on a très mal fini ensuite. La première année, finir avec notre belle série, c’était vraiment quelque chose d’inespéré et c’était très positif. Après, on a enchaîné une bonne première partie de saison. Ça restera de bons souvenirs mais c’est dommage de finir comme ça. C’est très frustrant car on avait beaucoup d’espoirs. A l’image de ce quart de finale de Coupe de France, ça nous reste un peu en travers de la gorge.»

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