Soyez fiers !

La fin de cette saison est évidemment cruelle pour Brest, qui, jusqu’à la 88ème minute ce soir était devenu barragiste. Après tant de journées sur le podium, la montée pouvait paraître acquise mais le scénario de cette L2 est tellement dantesque que tout se sera joué jusqu’à la dernière seconde de la dernière journée. Cependant, même si Brest n’a pas gagné la L1, il a gagné bien plus.

La cruauté ce cette dernière soirée est liée au fol espoir qu’elle a suscité dans les travées de Le Blé, qui, à la 62ème minute, s’est réveillé.tout d’un coup, comme un volcan en sommeil qui crachait à nouveau des flammes rouges. Comme aux plus belles années, le vieux stade a retrouvé son éclat sonore qu’il n’avait pas réussi à réanimer lors des derniers mois malgré une place de leader.

Pourquoi ce but à Reims sonne-t-il tout d’un coup la renaissance du public brestois? C’est un peu comme si les Brestois ne voulaient pas donner leur confiance de peur d’être trahi à nouveau à cause des meurtrissures laissées par la précédente direction sportive. Et finalement, comme à son habitude le public de Le Blé a répondu présent au moment crucial. Cette vague folle qui a monté des trois tribunes nous a rappelé ce que le foot pouvait apporter comme sensation : la chaleur d’abord  avec cette ouverture du score de Joseph-Monrose suivie des doublés d’Habib Diallo et Battocchio et du penalty de Grougi qui signait son 50ème but depuis qu’il porte la tunique rouge. Comme un symbole, c’était face à Elana, le pote qui lui sait ce dont ce public est capable.

Les mines se sont fermées quand Troyes a refait son retard puis s’est imposé devant des Sochaliens au bord du ridicule (2-3). Alors que Lens et Strasbourg ne lâchaient rien, le dernier but d’Amiens à la 95e n’aura été que le dernier épiphénomène d’une soirée qui est sortie de l’ordinaire, qui a touché à la magie du sport. Brest reste dans les acteurs malheureux de l’événement mais que peut-on dire de Lens, pour qui la déception est réellement tragique car les Artésiens avaient comme objectif la montée en L1 et l’ont tenu toute la soirée (ou au moins les barrages) et ont tout perdu dans cette 95ème minute.

Tout perdre? Ce n’est en tout cas pas le cas de Brest car – certains détesteront lire ces lignes si tôt après une déception pas encore digérée – Brest a tout gagné cette année. En début d’année, Le Stade Brestois a du vivre d’expédients et la réussite a collé immédiatement, quitte, souvent à bafouer la logique sportive des rencontres. Pendant quelques semaines, les joueurs de Furlan ont été le Amiens qu’on voit depuis un mois. Une percussion hors-normes devant alors que plus rien ne semble pouvoir ébranler la défense. Ironie du sort, la réussite a quitté les crampons finistériens alors que ceux si développaient le meilleur football de la saison. La facture du trop plein de chance est arrivé rapidement, souvent, c’est la saison suivante que la réussite se tire du jour au lendemain. Là, pendant trois semaines, la sorcière aux dents vertes, chère au cyclistes, a joué avec sa proie bretonne. Elle a desserré l’étreinte à deux journées de la fin mais les deux victoires contre Bourg-en-Bresse puis le GFC Ajaccio sont trop tardives.

Alors oui, ce constat qui peut-être difficile à poser aussi vite après la fin d’une saison terrible pour les nerfs, est nettement positif. En mai dernier, Brest n’avait plus de président, plus d’entraîneur, plus de staff, plus que six professionnels et toujours pas de terrain d’entraînement. Un an plus tard, Brest joue la montée en Ligue 1 jusqu’aux derniers souffles de la saison après avoir été l’équipe à avoir été le plus régulièrement sur le podium. Le public est revenu, seulement 7000 personnes avaient voulu voir le démarrage de cette saison, il y en avait 13 000 ce soir pour en connaître l’épilogue, il y en aurait eu plus si cette satanée dernière tribune n’était pas fermée.

L’an passé, les cassures entre le public et son club, entre l’entraîneur et ses joueurs avaient emmené un climat tellement éloigné  des habitudes brestoises. Le cœur rouge de Le Blé présent en Route de Quimper qui avait cessé de battre est de nouveau irrigué, le chef de bande Grougi qu’on était prêt à laisser s’éloigner de Brest et du foot il y a un an, est redevenu l’âme rouge et blanche sur le terrain. Il irradie à nouveau et est devenu le chef de file des Battocchio, Gastien, Diallo, Faussurier, Coeff, Castan et Joseph-Monrose (ressuscité lui-aussi) qui sont devenus autant de vaillants soldats qui ont ramené de l’espoir, du rêve, de la fierté et c’est ça le plus beau. Avant on disait que Brest était une ville de foot, ça sonnait faux depuis longtemps, ce soir, Brest possède une plaie, mais elle sera vite guérie, et derrière, elle peut aspirer à redevenir une vraie ville de foot.

Le football se construit sur de l’émotion et du travail. Le travail a été très bien fait mais il reste encore quelques éléments à réunir à Brest pour espérer voir plus grand, à commencer par un stade, le centre d’entraînement est arrivé, le centre de formation aussi. Les ingrédients sont presque tous réunis, la marée rouge a claqué à nouveau. Laissez le coefficient augmenter encore, que les chœurs rouges continuent à pousser les leurs et, en mai prochain, nous nous dirons peut-être que c’était une belle soirée que nous avons vécu en 2017. Le plus beau est à venir. Messieurs les supporters, les joueurs, soyez fiers de ce que vous avez fait, soyez fiers de ce que vous êtes. Le tumulte des flots de la marée rouge bouillonne à nouveau, Brest n’a pas perdu, il revit.


BREST  6-2 GFC AJACCIO
Mi-temps : 3-0.  12 353 spectateurs. Arbitre : Karim Abed
Buts. – Brest : Joseph-Monrose (26e), H.Diallo (28e, 59e), Grougi, (32e sp), Battocchio (73e, 85e) – GFC Ajaccio : Kemen  (52e), Maah (78e)
Avertissements.  GFC Ajaccio : Kemen (39’), Mombris (57e)
BREST : D.Léon – Belaud, Z.Diallo, Castan, Q.Bernard  – Grougi (cap) (Coeff 74e), Gastien – Faussurier (B.Pelé 58e), Battocchio, Joseph-Monrose (V.Henry 83e) – H.Diallo. Entraîneur : Jean-Marc Furlan.
GFC AJACCIO : Elana – Campanini, Hountondji, Bréchet (cap) (C.Diedhiou 46e), Mombris – Le Moigne – M’Changama, Mulumba, Kemen, Court (Benrahma76e) –S. Cissé (Maah 70e). Entraîneur : Jean-Luc Vannuchi.

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  • Yop Solo

    Merci à vous pour cette très belle saison!! Dommage pour la montée, mais vous nous avez prouvé que vous avez le niveau pour jouer en ligue 1 !! Félicitation à tous, joueurs, entraîneur, staff, président…et rendez-vous l’année prochaine !!! On vous aime !!