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Interview – Pierre Ménès n’a pas oublié Brest

Pierre Ménès

Pierre Ménès a accepté de répondre à mes questions. Un long entretien dans lequel il évoque la L1, la formation française, les Bleus et bien évidemment Brest. Une ville pour qui il garde une affection toute particulière, lui qui connaît si bien la ville et pour qui Porsmilin, Le Conquet et la Pointe Saint-Mathieu résonnent comme autant de souvenirs d’enfance.

 

 

 

Vous cumulez beaucoup de fonctions. Les week-ends ne sont-ils trop courts ne serait-ce qu’entre le Canal Football Club et votre blog sur Yahoo ?
« Je regarde beaucoup de matchs mais le dimanche avec le Canal Football Club, c’est impossible de mettre à jour le blog en rentrant chez moi, ou alors je le fais à 4h ou 5h du matin. Je travaille avec Emmanuel Bocquet sur le blog Pierrot le Foot. C’est trop compliqué autrement au niveau de l’emploi du temps. Je lui dis ce que j’ai à dire sur les matchs que j’ai pu voir. Ce n’est pas comme une interview car il me connaît. Cela fait plusieurs années que l’on travaille ensemble et si on me met sous les yeux un papier de mon blog d’il y a trois ans, je serais bien incapable de dire s’il est d’Emmanuel ou de moi tant il retranscrit bien ce que je pense.”

Dans le Canal Football Club votre duo avec Hervé Mathoux a fonctionné d’entrée
« Avec Hervé Mathoux, nos rôles sont bien définis et on a été à l’unisson rapidement. Il a un timing très serré à respecter dans un créneau horaire très important. Moi je suis là pour apporter ma bonne humeur et un peu de folie. On m’a souvent dit que je devais être frustré par le temps de parole comparativement à 100% foot. C’est faux et on ne peut pas comparer une émission à 19h30 et une autre à minuit. J’ai l’occasion de parler autant que je veux avec les Spécimens le vendredi soir. On y  parle de foot sans parler du jeu. On évoque les à-côtés, les conséquences du football. C’est différent. »

Cette notoriété débouche sur quelques jalousies, certaines fois de la méchanceté, comme avec Les Guignols de l’Info
« Alors là, attention, il faut être précis. Je n’ai aucun souci avec les Guignols mais avec un homme, Lionel Dutemple. J’ai tendance à croire que quand on fait quelque chose qui marche, on est souvent victime d’attaques. Certaines peuvent être fondées mais celles qui proviennent d’une pseudo forme d’intelligentsia, ça ne m’intéresse pas. Je préfère me baser sur la réaction des gens dans la rue et on va dire que sur cent personnes, il y en a 99 qui m’encouragent à continuer, c’est donc positif. Puis quand on m’attaque sur mon physique, c’est que l’on n’a pas grand-chose à dire. Quand Ruquier ne peut que parler que de mon poids, je trouve ça minable. »

« Des gougnafiers »

 

Vous ne mâchez pas vos mots à l’égard de quelques joueurs. Certains le prennent mal, d’autres comme Mickaël Landreau ne vous en tienne pas du tout rigueur
« Disons que Landreau a une énorme qualité, c’est qu’il est intelligent. Ma position est simple le concernant : il a été mauvais au PSG et il est très bon à Lille. Une carrière n’est pas linéaire, il y a des moments où ça peut aller moins bien et on doit le dire aussi. Par contre, je ne trouve pas normal certaines critiques comme celles dont a été victime Yoann Gourcuff qui ne méritait pas d’être ainsi traîné dans la boue. »

Lui semble avoir traversé une dépression similaire à celle de Toulalan après la Coupe du Monde
« Les deux cas sont différents. Toulalan a été impliqué dans cette histoire de lettre lue par Domenech et il a déprimé quand il a réalise ce à quoi il avait participé. Gourcuff, lui, c’est lié à ce qu’il a vécu là-bas. Je sais ce qu’il s’est passé, certains ont eu un comportement de gougnafiers envers lui. Ensuite, il y a une coalition pour dire qu’il ne s’était rien passé. Yoann, lui, a voulu tirer un trait et ne plus en parler, ce que je comprends. »

Pour revenir sur la L1, pensez-vous que Lille peut s’écrouler dans la dernière ligne droite ?
« On n’est pas encore dans la dernière ligne droite. On verra ça dans les dix derniers matchs mais c’est vrai que Lille n’a gagné que peu de matchs ces derniers temps. Ils auraient sûrement  plus de victoires si Eden Hazard n’avait pas mis autant de temps à démarrer. Globalement, c’est un championnat dans lequel on marque très peu de points. Lille en a 46 alors que l’an passé, Bordeaux en avait 43 à la trêve. Les Lillois se sont débarrassés de l’Europa League, c’est le cas de le dire, ils  proposent quand même le meilleur jeu de la L1 avec le PSG, j’espère que ces deux équipes seront récompensées en fin de saison. »

Quand Néné va arrêter de marcher sur l’eau le PSG ne risque-t-il pas de chuter ?
« C’est sur que si Néné recommence à marcher sur l’eau et qu’il remet des lucarnes à chaque match, le PSG sera champion. Cela dit même s’il ne marque que quatre buts pour finir la poule retour il en sera à 17 buts, ce qui est exceptionnel. Enfin, ça me fait marrer quand même ceux qui disent que Néné c’est terminé quand on voit qu’à Nice il délivre une passe décisive et est impliqué dans les deux autres buts. »

« J’ai promis que je viendrai à Brest »

 

La L1 a connu beaucoup de leaders cette saison, dont Brest, comment avez-vous apprécié cette place pour le promu ?
« Étant d’origine brestoise, cette première place brestoise m’a fait énormément plaisir. Depuis quelques semaines, les choses sont rentrées dans l’ordre et les favoris sont devant mais cela n’enlève rien au très bon début de saison brestois. C’est bien pour le club d’avoir été mis en lumière comme ça. La L1 reste particulière quand on voit qu’en Angleterre, Chelsea, qui fait une saison de merde, sera quand même troisième. La L1 demeure assez pauvre car on manque de joueurs offensifs de qualité par contre sur le plan physique, elles sont bien préparées. C’est le problème de la formation en France. »

On a lu que vous aviez manqué le match Brest-Saint-Etienne ?
« Ah oui ! Le mardi précédent, je tournais « Beur sur la ville » de Djamel Bensalah et j’ai été pris de douleurs terribles au ventre. Le médecin m’a interdit de me déplacer et j’ai dû rester chez moi plusieurs jours. J’ai beaucoup de regrets car c’était en plus le match qui permettait à Brest de devenir leader. J’ai promis que je viendrais, j’espère que je pourrais le faire cette année. »

La dernière fois que vous êtes venu à Le Blé ?
« Je suis venu en tant que dirigeant du Stade de Reims. On avait fait 1-1. Ce n’était pas vraiment un grand match. »

L’éclosion de Julien Féret

 

Justement, est-ce que vous pourriez retenter votre chance dans un club ?
« Si c’est pour aller dans la communication c’est hors de question. Je ne voudrais que le sportif. A Reims, certains ont tout mis en œuvre pour que je ne réussisse pas. Je vais garder en mémoire les bons rapports avec les joueurs. Je suis fier d’être pour quelque chose dans l’éclosion de Julien Féret. Il a eu une présélection en Équipe de France, je suis vraiment heureux pour lui. »

Vous évoquiez la formation en France, on a tendance à écarter les petits gabarits au profit des joueurs plus athlétiques depuis de nombreuses années.
« Enfin là, faut faire attention. Ce n’est pas parce que le mec est petit que c’est un génie technique. De même, ce n’est pas parce qu’il est noir et qu’il fait 1m90 que c’est Patrick Vieira. Cela dit, c’est vrai qu’on a dû passer à côté de joueurs qui étaient jugés trop frêles pendant quelques années mais ce n’est pas parce que l’Espagne a gagné avec des nains que ça va marcher systématiquement ! »

Merci à Pierre Ménès pour sa gentillesse et sa disponibilité. Vous pouvez le retrouver sur son blog

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