La future enceinte du Stade Brestois devrait voir le jour du côté de Guipavas d’ici trois ans si tout va bien. Si l’équipement est indispensable pour la survie du club, la jauge de 13 000 spectateurs a de quoi inquiéter au regard des affluences passées à Francis Le Blé.

L’ambition du Stade Brestois est d’évoluer en Ligue 1. Pas un club ne peut satisfaire de la Ligue 2 qui n’offre quasiment aucune perspective de développement. Depuis trois saisons, l’intérêt des Brestois envers son équipe est remonté. Les plaies de la dernière saison de Ligue 1 et de l’atterrissage très compliqué en Ligue 2 avec une direction sportive floue et complètement en roue libre lors de la saison 2015/2016 ont marqué durablement les spectateurs brestois.

Les supporters, en majorité, n’ont pas lâché la rampe mais les spectateurs eux, ont migré dans d’autres stades qui pouvaient offrir de la Ligue 1. Que ce soit à Lorient ou Guingamp, cette frange du public, consommatrice de football de haut-niveau navigue entre les trois départements depuis maintenant une grosse dizaine d’années.

Le problème pour les Brestois, c’est que le Stade Brestois a périclité alors que ses deux voisins carburaient, et pas qu’un peu. Des habitudes se sont installées mais le football n’étant pas linéaire, l’histoire est en train de basculer et le travail de Jean-Marc Furlan et de son staff font revenir les spectateurs à Francis Le Blé.

En 2013/2014, saison du retour en Ligue 2, il n’y avait plus que 7609 spectateurs de moyenne avec même deux rencontres sous la barre des 6000 spectateurs. L’année suivante, alors que Brest joue la montée, l’affluence continue pourtant à descendre avec 7557 spectateurs de moyenne. En 2015/2016, c’est la chute avec un spectacle indigent, le public déserte le stade. 6887 spectateurs de moyenne et six matchs sous la barre des 6000 spectateurs.

L’arrivée de Jean-Marc Furlan offre enfin du jeu à Francis Le Blé mais la pente est raide à remonter pour faire revenir du monde au stade. La première saison permet de battre les trois saisons précédentes avec 8042 spectateurs de moyenne et la barre des 10 000 spectateurs est franchie lors de quatre rencontres. La saison passé, les affluences se tassent avec 7458 spectateurs et seulement deux fois la barre des 10 000 spectateurs franchie.

Cette année, Brest est en train de réussir, pour le moment, sa meilleure saison en terme d’affluence en Ligue 2 avec 8351 spectateurs de moyenne et une belle pointe à 13 033 spectateurs pour le derby contre Lorient.

13 000, c’est la jauge décidée pour la future enceinte du Stade Brestois qui aurait donc été, déjà, trop petite pour recevoir le derby breton de Ligue 2. Hier, BMO a publié de nouveaux visuels de cette future enceinte qui doit franchir tous les obstacles administratifs. La jauge est toujours la même, 13 000 spectateurs, et c’est le point qui interroge le plus.

De 2010 à 2013, le Stade Brestois a évolué en Ligue 1, il est donc naturel de s’appuyer sur ces chiffres pour déterminer la capacité que devrait avoir un stade à Brest. Les affluences des années 80/90 n’ont elles que peu de valeur étant donné que le rapport au football et au sport en général a considérablement évolué depuis. D’un spectacle quasiment exclusivement masculin, le football attire désormais toute la famille. Les conditions d’accueil doivent donc évoluer en conséquence pour accueillir un public qui est devenu plus exigeant sur les prestations inhérentes à une enceinte sportive.

En se replongeant dans ces trois saisons qui doivent guider les choix, on est frappé par l’affluence. Les deux premières saisons, il y a eu plus de 13 000 spectateurs de moyenne (13 549 et 13 542) dans des conditions d’accueil indignes du monde professionnel. Pire, en creusant ces deux premières saisons, sur les 38 matchs de Ligue 1, 30 ne pourraient se tenir dans la future enceinte, faute de place !

Effectivement, sur la jauge de 13 000 spectateurs, il faut déjà enlever le parcage visiteur qui devrait tourner autour des 500 places, sur les trois saison passées en Ligue 1 il y a eu moyenne 12 962 spectateurs à Francis Le Blé. Il faudra donc refuser du monde dans le futur stade si le Stade Brestois n’augmente pas son affluence.

Incongru, quand on sait que des spécialistes s’accordent à dire que l’implantation d’un nouveau stade génère une augmentation mécanique de la moyenne d’affluence. L’expérience a aussi prouvé que des enceintes étaient surdimensionnées pour certaines villes. Cependant, les chiffres sont là et l’affluence moyenne à Bordeaux, Nice, Lille à bondi, pour ne citer qu’eux.
A Nice, on l’a carrément doublé en passant de 9245 lors de la dernière saison du Ray à 24 186 de moyenne pour la première saison de l’Allianz Riviera, aujourd’hui, l’affluence s’est stabilisée autour de 19500 soit un gain net de 10 000 spectateurs !

A Lille, le Stadium Nord plafonnait à 17 000 spectateurs de moyenne et depuis que le Grand Stade est là, le LOSC a, entre 30 000 et 40 000 spectateurs de moyenne.

Certains pourront dire que ce sont des clubs bien plus huppés que Brest, certes, quoique Nice était un élève plutôt fragile de la Ligue 1. Ce nouveau stade lui a offert un nouveau statut et le maintien n’est pas une inquiétude pour l’OGCN à l’Allianz Riviera ce qui était loin d’être le cas au Ray.

On peut aussi gratter un peu plus loin et se pencher sur le cas de Nancy qui a refait son stade, sur site, à 90% et a terminé ses travaux en 2003 pour le nouveau Picot. En Lorraine, les affluences tournaient autour des 10 000 spectateurs, avec la montée en L1 et malgré des saisons catastrophiques en L2, l’affluence, depuis 2006, n’est jamais descendue sous les 14 600… Ce phénomène s’est aussi vérifié à Reims qui entièrement rénové Delaune.

Finalement, tous les clubs qui ont rénové ou construit un nouveau stade en Ligue 1 ont mécaniquement connu une hausse de leur affluence moyenne. Brest serait le premier club à rentrer dans un nouveau stade avec la certitude qu’il ne battra jamais son record d’affluence (21 842 lors de la saison 1986/1987 pour Brest – Marseille). Tout le monde est désormais d’accord sur le fait qu’il est nécessaire d’éviter une enceinte surdimensionnée. Pour Brest, 25 000 places, c’est trop grand, c’est certain. Mais de là à plonger à 13 000 places…

Les voisins, Guingamp (19 000 places), Lorient (18 000) ont ainsi des stades rénovés et plus grands que Brest qui, pourtant, dispose d’un bassin de population bien plus élevé et donc d’une zone de chalandise  supérieure. De plus, en investissant dans un nouveau stade, on mise forcément sur un nouveau public, ce qui est nécessaire pour la pérennité du club.

Alors, comment faire pour apporter de nouveaux spectateurs quand les sièges de la future enceinte sont tous occupés? C’est plutôt étrange de tourner le dos aux supporters de demain. Brest n’est pas le Bayern Munich ou le Barça où les abonnements se transmettent à travers les âges dans une même famille. D’ailleurs, à l’époque du consumérisme à outrance, rien ne dit que ce mode de transmission filiale perdure. On va là où se trouve le spectacle et quand on a envie d’y venir. Si l’on trouve porte close, on n’insiste pas, on zappe et on va chez le voisin ou tout simplement, on rentre chez soi et on s’oriente vers un autre loisir.

Un sophisme décrète que tout ce qui est rare est cher, en l’occurrence, si le billet de match est rare et compliqué à avoir, le futur supporter déçu plusieurs fois risque de se lasser rapidement, surtout si les voisins offrent des alternatives à un niveau équivalent.

Les affluences de Brest en Ligue 1 (entourées en rouge, les affluences qui dépassent la capacité du futur stade)