Cette montée en Ligue 1 est unique dans l’histoire du club. La cohésion et la folie qui ont cimenté le groupe brestois avec son staff ont immédiatement emporté l’adhésion des supporters mais Jean-Marc Furlan n’a pas obtenu la “fusion” qu’il souhaitait avec ses dirigeants qui ont décidé de changer d’entraîneur. Les uns et les autres ont encore de belles pages à écrire.

Pour trouver trace d’une telle osmose entre le public brestois et un technicien il faut surement remonter à Alain De Martigny. Un géant du Stade Brestois. Jean-Marc Furlan ne laissera pas une aussi grande trace que celui qui a fait connaître le foot professionnel à la pointe Finistère mais sa trace, son héritage, restera indélébile.

Pourtant tout n’a pas été aussi simple. A son arrivée, Jean-Marc Furlan, a failli repartir aussi sec quand il a vu la friche qu’était devenu l’effectif professionnel avec les quelques courageux qui avaient accepté de rester sur un bateau dont Denis Le Saint venait tout juste de reprendre la barre.

L’équipage n’était pas encore la team pirates mais un collectif qui a eu le mérite de se créer immédiatement. Il y a eu une folle ambition de réussir le coup parfait en montant la première année mais le groupe qui performait au-delà de ses capacités, a subitement perdu son “modjo” pour manquer l’accession dans les dernières journées du championnat.

Cette déception était alors l’acte fondateur d’un groupe qui aujourd’hui fête son accession. Jean-Marc Furlan a répété qu’il était nécessaire de créer une histoire avec ses joueurs. Qu’ils se côtoient durant deux ou trois ans pour devenir le collectif si puissant qu’on connait aujourd’hui.

Les choses ont commencé à prendre forme au printemps 2018 avec l’avènement de Charbonnier et la  maturation finistérienne des Larsonneur, Faussurier, Autret, Bernard, Weber, Castelletto qui ont progressivement posé les jalons d’une équipe qui vivait le passage de relais entre Bruno Grougi et Gaëtan Belaud au capitanat.

L’équipe a échoué durant les play-offs au Havre mais au fond de nous, nous savions tous, avant d’y aller, que ce n’était pas encore l’heure.

A l’entame de la saison actuelle avec les renforts de Belkebla, Diallo, Court et N’Goma notamment, l’équipage brestois commence à avoir une “gueule”. Un mois pour trouver ses marques suivi de six victoires consécutives magnifiée par la victoire dans le derby contre Lorient avec le but lunaire de Belaud avec Dimitar Charbonnier en passeur, la team pirate est née.

Brest est sur le podium et ne le quittera plus. Les incertitudes qui peuvent assombrir le ciel finistérien dans les coulisses ne peuvent endiguer la Marée Rouge qui bouillonne maintenant et va porter les joueurs de Jean-Marc Furlan avec un Gaëtan Charbonnier qui surclasse le record  brestois de Patrick Martet dont on pensait les 26 buts impossibles à dépasser dans le football actuel pour un club comme Brest.

Il n’y avait rien d’impossible cette saison. Cette team pirates ne fait pas dans la piraterie. Elle ne vole pas ses matchs, elle ne pille pas les voisins, la seule chose qu’elle peut piller depuis quelques jours, à la limite, ce sont les caves de la Cité du Ponant. On ne pourra jamais retirer à Jean-Marc Furlan le mérite d’avoir réussi le tour de force de créer une osmose avec des joueurs qui ne se connaissaient pas il y a deux ou trois ans et maintenant ont le sentiment d’avoir trouvé une seconde famille.

Le romantisme aurait voulu que tout ce beau monde continue à dompter les récifs de la Ligue 1 pour que cette Marée Rouge déferle encore joyeusement mais c’est finalement le pragmatisme qui aura raison du romantisme. Le technicien girondin va devoir créer un nouveau miracle dont il a le secret ailleurs.

Concernant le profil de Jean-Marc Furlan, au lieu de souligner l’incroyable performance de faire monter quatre fois un club en L1, on préfère retenir les descentes. “Il n’y a pas de réussite facile ni d’échecs définitifs” écrivait pourtant Marcel Proust. Ainsi, dans le microcosme du football, Jean-Marc Furlan a la réputation d’être un homme qui fait monter mais qui ne sait pas se maintenir (faisant fi de la faiblesse de l’effectif à sa disposition pour atteindre le maintien).

Le poker menteur qui s’est joué entre l’entraîneur et la direction fait qu’on ne saura sans doute jamais ce qui a réellement motivé la fin de l’histoire entre Jean-Marc Furlan et le Stade Brestois. Peu importe après tout. Le Stade Brestois et ses dirigeants mettront tout en œuvre pour se maintenir dans l’élite, avec, on l’espère cette flamme conservée dans l’effectif.

Le technicien girondin ira dans un autre club faire ce qu’il sait faire de mieux. Non, ce n’est pas monter en L1, ou alors on n’a rien compris aux trois années brestoises, c’est avant tout bâtir un groupe, solide, perenne, de joueurs qui seront solidaires et dévoués au collectif et avec cette capacité de transmettre cette passion aux supporters.

Vendredi, le crépuscule de la saison arrive. Au sens figuré, c’est la fin d’une époque, au sens propre, c’est simplement la fin d’une journée et le début d’une autre. Comme le chante la Marée Rouge” Il se lève a l’ouest le soleil rouge”. Brest, le phœnix en a vu d’autres. Il sera en Ligue 1, tête haute et les membres de la team pirate porteront haut l’étendard brestois.

Ainsi va le foot et le Stade Brestois.